
Impossible de le noter. Perché sur les collines des Mamelles, dominant Dakar de ses 52 mètres de haut, le Monument de la Renaissance africaine s’impose dans le paysage comme une évidence… ou une provocation, selon à qui vous posez la question.
Depuis son inauguration en 2010, cette statue colossale n’a jamais arrêté de faire parler. Entre ceux qui y voient un symbole puissant de l’Afrique moderne et ceux qui la considèrent comme une aberration coûteuse, le débat reste aussi vif qu’au premier jour.
Une statue qui voit grand, très grand

Avec ses 52 mètres de hauteur (plus haute que la Statue de la Liberté !), le Monument de la Renaissance représente un homme musclé, une femme et un enfant pointant vers l’horizon. L’idée ? Incarner l’émergence du continent africain, sa jeunesse, son dynamisme, sa marche vers l’avenir.
Le projet, initié sous la présidence d’Abdoulaye Wade, a voulu marquer le cinquantenaire des indépendances africaines par un geste architectural spectaculaire. Mission accomplie sur ce point : la statue est effectivement spectaculaire. La question est de savoir si c’est dans le bon sens du terme.
Les controverses qui font grimer des dents
Dès l’annonce du projet, les critiques ont fusionné de toutes les parties. Le coût d’abord : entre 15 et 23 millions d’euros, une somme astronomique pour un pays où une partie importante de la population vit sous le seuil de pauvreté. “On aurait pu construire des hôpitaux, des écoles”, entend-on encore régulièrement dans les rues de Dakar.
Ensuite, le choix de confier la réalisation à une entreprise nord-coréenne à fait grimper bien des dents. Une statue censée symboliser la renaissance africaine construite par des ouvriers venus d’Asie ? Le paradoxe n’a échappé à personne.
Sur le plan religieux également, les tensions furent palpables. Les représentations humaines, particulièrement dénudées, heurtent les sensibilités de certains croyants. La tenue légère du couple a provoqué de vifs débats dans ce pays à majorité musulmane.
Un point de vue à couper le souffle
Pourtant, une fois passée les polémiques, force est de constater que le monument tient. Touristes sénégalais et étrangers se pressent pour grimper jusqu’à la tête de la statue et profiter d’une vue panoramique exceptionnelle sur Dakar et l’océan Atlantique.
“C’est impressionnant quand même”, “On comprend les critiques sur le coût, mais on est quand même fier qu’on ait osé construire quelque chose d’aussi monumental. Ça change de l’image de l’Afrique toujours à la traîne.” s’exclament souvent les gens sur cette question.
Un symbole ambivalent
Le Monument de la Renaissance illustre parfaitement les contradictions du Sénégal moderne : l’ambition de briller sur la scène internationale versus les besoins criants du quotidien, le désir d’affirmation identitaire versus les moyens mobilisés pour y parvenir.
Certains y voient un éléphant blanc, ces projets pharaoniques qui engloutissent des fortunes sans réelle utilité. D’autres y décèlent un signal fort envoyé au monde : l’Afrique existe, elle crée, elle construit, elle rêve en grand.
Quinze ans après son inauguration, le monument fait désormais partie du paysage dakarois. Les Lébous d’Ouakam, sur les terres où il a été établi, ont fini par s’y habituer. Les touristes continuent de le photographe. Et les débats, eux, ne sont pas près de s’éteindre.
L’héritage architectural de Dakar
Cette tension entre tradition et modernité, entre conservation et innovation, traverse toute l’architecture dakaroise. Si le sujet vous passionne, découvrez également notre article sur les vieilles maisons coloniales de Dakar : trésors oubliés ou fardeau ? , qui explore une autre facette du patrimoine architectural de la capitale sénégalaise.
Au final, le Monument de la Renaissance reste ce qu’il a toujours été : un miroir tendu à nos propres contradictions. Chef-d’œuvre ou scandale ? Peut-être un peu des deux, et c’est précisément ce qui le rend si fascinant.
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