
Un littoral qui faisait respirer la ville

Pendant longtemps, le littoral de Dakar était un espace de respiration. On y allait pour marcher, pêcher, discuter, refaire le monde ou simplement regarder l’océan faire son travail : calmer les esprits. Les plages n’étaient pas parfaites, mais elles étaient là, ouvertes, vivantes, populaires.
Aujourd’hui, beaucoup de Dakarois ont l’impression que la mer recule… non pas à cause des vagues, mais à cause des murs.
D’abord, la pression foncière
Dakar manque d’espace, ce n’est un secret pour personne. Coincée sur une presqu’île, la ville grandit surtout là où elle peut, et le littoral devient une cible évidente. Vue imprenable, air marin, prestige : pour les promoteurs, la mer n’est plus un bien commun, mais un argument commercial.
Résultat : hôtels, résidences haut de gamme, restaurants privés et complexes immobiliers poussent là où l’on posait autrefois sa serviette. Le sable est remplacé par du carrelage, et l’accès libre devient souvent… très réglementé.
Ensuite, le luxe comme symbole de modernité
Dans l’imaginaire urbain, le luxe est souvent associé au progrès. Construire en bord de mer, c’est montrer que Dakar « avance », qu’elle s’habille, qu’elle s’internationalise. Le problème, c’est que cette modernité bénéficie surtout à une minorité.
La plage gratuite devient plage privée. L’océan, pourtant patrimoine naturel, se transforme en décor réservé à ceux qui peuvent se l’offrir. Même la mer semble avoir besoin d’un badge d’accès.
Mais aussi, une gouvernance floue du littoral
Le littoral dakarois souffre d’un manque de vision claire et durable. Entre autorisations controversées, occupations illégales et projets mal encadrés, la côte se fragmente. Chaque prix de construction peut individuellement paraître anodin, mais mises bout à bout, elles dessinent une privatisation progressive du rivage.
Et quand les règles sont floues, le béton, lui, ne l’est jamais.
Les conséquences visibles… et invisibles
La disparition des plages accessibles n’est pas qu’un problème esthétique. Elle a des impacts sociaux, environnementaux et culturels. Moins d’espaces publics, plus d’exclusion. Moins de zones naturelles, plus de vulnérabilité face à l’érosion et aux changements climatiques.
Sans oublier un détail important : une ville côtière sans plages accessibles pour une partie de son âme. Dakar sans ses plages populaires, c’est un peu comme une thiéboudienne sans poisson. Ça existe… mais ce n’est pas pareil.
Des voix s’élèvent, heureusement
Les associations, citoyens, urbanistes et simples amoureux de la mer tirent la sonnette d’alarme. Ils rappellent que le littoral n’est pas un luxe, mais un bien commun. Que le développement peut – et doit – se faire sans effacer l’accès public à la mer.
Le débat est lancé, parfois tendu, mais nécessaire. Car une ville se construit aussi par les choix qu’elle refuse.
Alors, quel avenir pour le littoral dakarois ?
Le luxe n’est pas le problème en soi. C’est son expansion sans équilibre qui pose question. Dakar peut être moderne, attractive et ambitieuse sans tourner le dos à ses plages et à ses habitants.
Préserver le littoral, c’est préserver un droit simple : celui de regarder la mer sans passer par une barrière.
Si cet article vous a interpellé, n’hésitez pas à le partager.
Et pour continuer à comprendre Dakar, ses transformations urbaines, ses enjeux environnementaux et ses réalités du quotidien, poursuivez votre exploration sur dakartown.com , votre guide pour découvrir la capitale autrement, entre curiosité, réflexion et attachement sincère à la ville.