
Il suffit parfois de fermer les yeux, quelque part entre la corniche et les ruelles de Ngor, pour entendre l’écho d’un autre temps. Un temps où les seules constructions qui se dressaient sur cette presqu’île étaient des cases en paille, et où le bruit de la ville n’existait tout simplement pas.
Les Lébous, premiers gardiens de la presqu’île

Bien avant que Dakar ne devienne la capitale trépidante que l’on connaît, la presqu’île du Cap-Vert était habitée par les Lébous, un peuple côtier d’ethnie wolof dont l’histoire remonte au XVIe siècle. Vénus s’installer sur ces terres après de longs périples, ils y trouvèrent ce qu’ils cherchaient : la mer, le poisson, et la paix.
Ces pêcheurs habiles organisèrent leur société avec une sagesse remarquable. Chaque village – Dakar, Ouakam, Ngor, Yoff, Hann – possédait sa propre gouvernance, ses propres rites, ses propres chefs. Une forme de démocratie locale avant l’heure, régulée par un système de chefs religieux et coutumiers qu’on appelait les Jaraaf .
Un nom, une histoire
Le nom même de « Dakar » vient du Lébou. Selon les sources les plus fiables, il serait la déformation de « Ndakarou », qui signifierait en langue Sérère « le tamarinier », cet arbre emblématique qui peuplait autrefois les rives de la presqu’île. D’autres le traduisent plus simplement comme « derrière la mer ». Deux versions, une même poésie.
Des pirogues avant les gratte-ciels
Au quotidien, la vie des Lébous s’articulait entièrement autour de l’océan. Les hommes prenaient la mer à l’aube dans leurs pirogues colorées, tandis que les femmes assuraient la transformation et la vente du poisson. La tiéboudienne , aujourd’hui plat national du Sénégal, est d’ailleurs né dans ces cuisines lébous, mijotant à base de riz et de poisson frais.
La spiritualité y occupe aussi une place centrale. Les rab – esprits protecteurs – et les cérémonies de ndëpp rythmaient la vie du village avec autant d’importance que les marées.
L’arrivée des Français : une rupture irréversible

Tout bascula en 1857, lorsque les Français, sous le commandement du général Louis Faidherbe, fondèrent effectivement la ville de Dakar. Les Lébous, déjà bien établis, virent leur territoire se transformer à une vitesse vertigineuse. Ports, casernes, administrations coloniales : la ville moderne poussa comme une mauvaise herbe sur leurs terres ancestrales.
Pourtant, les Lébous résistèrent à leur manière. Ils conservèrent leurs villages, leurs rites, leur identité. Aujourd’hui encore, à Yoff ou à Ngor, leurs descendants perpétuent fièrement un héritage que l’asphalte n’a pas réussi à effacer.
Une mémoire à préserver
Dakar d’aujourd’hui court vite, très vite. Mais quelque chose entre deux klaxons et une construction nouvelle, la presqu’île garde l’empreinte de ceux qui la peuplèrent en premiers. Les Lébous ne sont pas qu’une page d’histoire : ils sont l’âme invisible de cette ville qui n’a jamais tout à fait oublié ses origines.
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alhousseynou mondialsn