Dakar est une ville plate, ou presque. Alors quand deux rondeurs jumelles surgissent à l’ouest de la presqu’île, on les remarque nécessairement. Les Dakarois les appellent les Mamelles. Pour des générations de marins, elles ont été bien plus qu’un joli décor : un point repère sur l’un des couloirs maritimes les plus fréquents de l’Atlantique.

Deux collines nées du feu

Collines des Mamelles

Les Mamelles sont d’origine volcanique, comme une bonne partie du relief de la presqu’île du Cap-Vert. Elles se dressent à Ouakam, à une centaine de mètres d’altitude : la plus haute présence du paysage dakarois, dans une région où l’horizon est d’ordinaire dégagé. Leur nom dit l’essentiel, deux formes arrondies, côte à côte, impossibles à confondre avec autre chose depuis le large.

Un cap vert au bout du Sahara

Pour comprendre pourquoi ces collines comptaient, il faut regarder la carte. En 1445, le navigateur portugais Dinis Dias atteint cette avancée de terre, après des centaines de kilomètres de côte désertique. Devant lui, une végétation luxuriante : il baptise l’endroit Cabo Verde , le cap Vert. Le nom est resté, et c’est de lui que vient celui de la presqu’île, puis, plus tard, celui de l’archipel voisin.

Pour les navires qui reliaient l’Europe à l’Amérique du Sud ou à l’Afrique australe, ce cap formait une escale naturelle et un repère précieux. Et dans ce paysage, les Mamelles se voyaient de loin.

1864 : la lumière sur la colline

Il ne suffisait pas qu’on aperçoive les collines du jour : il fallait aussi se guider la nuit. En 1864, un phare est construit sur l’une des deux Mamelles. Il fonctionnait d’abord au pétrole, avec une grande lentille de Fresnel et un système de balanciers pour la faire tourner. Aujourd’hui électrifié, il émet un éclat blanc toutes les cinq secondes, visible à plus de 50 kilomètres, ce qui en fait l’un des plus puissants d’Afrique.

Petit détail qui plaira aux nostalgiques : le phare n’est pas automatisé. Il reste géré par des gardiens, comme au premier jour.

Aujourd’hui, deux symboles sur deux collines

Sur la seconde Mamelle se dresse depuis 2010 le Monument de la Renaissance africaine. Une colline porte donc la lumière des marins, l’autre la statue qui domine la ville : deux manières, à un siècle et demi d’intervalle, de dire « nous sommes ici ».

Visiter le phare

Le phare se visite, et la vue vaut la montée : toute la presqu’île se déplie, des Almadies à Ngor, en passant par Ouakam, les îles de la Madeleine et l’aéroport. Comptez environ 3 000 FCFA la visite guidée. Les horaires indiqués varient selon les sources (autour de 10 h 30 à 18 h, du mardi au dimanche) : mieux vaut les confirmer avant de vous déplacer. Venez en fin d’après-midi pour la lumière.

Le phare possède également un musée et propose un service de restauration, un brunch panoramique le week-end, ainsi que des soirées animées, des concerts live ou des dîners-spectacles du mardi au dimanche selon la programmation (comme le Dakar Music Hall).

Un repère qui n’a pas changé

Les marins d’aujourd’hui ont le GPS. Les Mamelles, elles, restent là, fidèles au poste, comme un clin d’œil de la géologie à ceux qui ont si longtemps cherché leur route sur l’eau.

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