
Une réalité qui a un visage
Aujourd’hui, dans nos salons, dans les cafés ou au détour d’une conversation WhatsApp, une question revient comme un refrain douloureux : “Alors, ça avance, tes recherches ?” Derrière cette interrogation, il n’y a pas de malveillance, mais une inquiétude qui serre le cœur des familles.
On ne parle pas ici de chiffres abstraits, mais de millions de visages. Des jeunes de 15 à 35 ans qui se lèvent chaque matin avec l’envie de déplacer des montagnes, mais qui se cognent contre un mur de verre. Le marché du travail ne manque pas de bras ni de cerveaux ; il manque de places. Selon l’OIT, un jeune a trois fois plus de risques d’être au chômage qu’un adulte. En Afrique subsaharienne, c’est un crève-cœur : des diplômés brillants finissent par vendre des cartes de crédit dans la rue ou attendent un signe qui ne vient jamais.

Pourquoi ça bloque ?
Pour comprendre ce mal, il faut regarder au-delà des graphiques. C’est souvent l’histoire d’un rendez-vous manqué.
- Le décalage des mondes : On forme des jeunes pour un monde qui n’existe plus. Ils passent des années à polir des diplômes qui, une fois en main, ne trouvent pas d’écho dans les besoins réels des entreprises. C’est le paradoxe du “sur-diplômé inutile”.
- Le mur de l’expérience : C’est le serpent qui se mord la queue. “On cherche quelqu’un avec deux ans d’expérience.” Mais comment obtenir ces deux ans si personne n’ouvre la première porte ? Ce cercle vicieux brise l’enthousiasme des plus motivés.
- Le manque de carburant : Beaucoup de jeunes débordent d’idées de startups ou de projets agricoles. Mais sans capital, sans garanties bancaires (que personne n’a à 22 ans), ces rêves restent coincés dans des carnets de notes.
Un impact qui ronge l’âme
Le chômage n’est pas qu’une fiche de paie absente ; c’est un poison lent pour la dignité.
“Le plus dur, ce n’est pas de ne pas avoir d’argent. C’est d’avoir l’impression que la société n’a pas besoin de vous.”
Sur le plan psychologique, le sentiment d’inutilité mène droit à l’isolement. On voit des trajectoires de vie se briser : des couples qui ne peuvent pas se marier, des parents vieillissants qui espéraient un relais et qui doivent encore nourrir leurs enfants adultes.
Sur le plan social, cette frustration est une poudrière. Quand l’horizon est bouché chez soi, on regarde ailleurs. C’est là que naissent les drames de l’émigration clandestine ou les sirènes de la délinquance. Ce n’est jamais un choix de gaieté de cœur ; c’est un cri de désespoir.
Construire des ponts, pas des murs
Pourtant, rien n’est une fatalité. Les solutions ne sont pas des miracles, mais des choix de bon sens :
- Réconcilier l’école et la vie : Apprendre à entreprendre dès le lycée, favoriser l’apprentissage et les stages dès le début. L’école doit devenir le laboratoire du futur, pas un musée.
- Faire confiance à l’audace : Créer des fonds de garantie dédiés aux jeunes. Si on finance leurs idées, ils créeront les emplois de demain.
- Le pacte du secteur privé : Les entreprises ne doivent plus voir le recrutement d’un jeune comme une charge, mais comme une bouffée d’oxygène. Un mentorat peut changer une vie.
Conclusion : La jeunesse n’est pas un problème à régler, mais une chance à saisir
Chaque jeune qui reste sur le carreau est une étincelle qui s’éteint pour le pays. À l’inverse, un jeune qui trouve sa place, c’est une famille qui respire et une économie qui avance.
Il est temps de passer des discours aux actes. Car une nation qui laisse sa jeunesse sur le banc de touche finit par perdre le match de l’avenir. Investir dans un jeune, ce n’est pas de la charité, c’est l’investissement le plus rentable qu’une société puisse faire.
Par Alima de Dakartown