Depuis des dizaines d’années, les côtes sénégalaises continuent à reculer face à l’Atlantique océan. À Dakar, capitale et cœur économique du pays, la situation est d’une gravité sans précédent. Des portions de quartiers entiers voient leurs murs se disloquer, leurs rues n’être plus qu’un souvenir englouti dans les flots et leurs habitants contraints à l’exode. Entre changement climatique, bétonisation sauvage et inaction politique, le littoral dakarois est au bord du gouffre.
Érosion côtière

Un phénomène naturel amplifié par l’Homme
L’érosion côtière n’est pas un phénomène nouveau ; en toute période, le littoral est sculpté par la mer, où vagues et courants brassent sans cesse la nappe de sable et de galets qui la recouvre. Mais la situation à Dakar ne se borne pas aux simples interactions maritimes en oeuvre au cours des siècles. Au Centre de Recherches Océanographiques de Dakar-Thiaroye (CRODT), l’on estime qu’au sein de certains secteurs du littoral conduit, le recul atteindrait un à deux mètres par an, voire plus lors de phases de houles.
Outre la mise en lumière d’une exposition excessive de la partie du littoral concernée, cette accélération du phénomène de recul s’explique par du moins un cas significatif et récurrent au Sénégal. Elle découle d’un cocktail néfaste constitué de l’élévation du niveau marin liée au changement climatique, de la disparition des protections que constituaient mangroves, cordons dunaires et du développement irréfléchi de l’urbanisation du front maritime. La pression du cadre urbain sur le littoral est de plus en plus forte depuis les années 1980.
L’autre raison aggravante réside dans l’extraction massive de sable en mer pour la construction de bâtiments. Bien que prônée illégalement, puisqu’il s’agit d’un des pires mauvais usages du milieu, mais toléré. On a prélevé pendant des décennies sur le fond marin la matière première dont les plages manquent le plus, ce qui les condamne à …
Le changement climatique, accélérateur acharné
Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) considère l’Afrique de l’Ouest comme l’une des plus vulnérables au changement climatique. Ce qui est dit du Sénégal est fort inquiétant : la montée du niveau de la mer pourrait atteindre 20 à 40 centimètres d’ici 2050, ce qui rend de plus en plus vulnérables les zones côtières basses aux submersions marines, ce qui est si alarmant à Dakar, qu’une partie du littoral construit est à moins de 2m du niveau de la mer…
Les tempêtes deviennent de plus en plus fréquentes et plus puissantes en raison du réchauffement, se succédant sur le littoral dévasté. La houle atlantique, accrue de sa vigueur habituelle entre novembre et mars, pénètre désormais à l’intérieur des terres autrefois protégées sous des plages larges et de hautes dunes qui ont été rabotées par des décennies d’extractions de sable et de constructions aléatoires.
Les eaux souterraines côtières sont aussi menacées par l’intrusion saline. Quand la mer avance sur les terres, les nappes phréatiques se salinisent, rendant l’eau impropre à la consommation et à la production agricole dans le secteur périurbain. Le phénomène qui se produit presque sans bruit constitue un risque à long terme pour la sécurité alimentaire et hydrique
Des réponses insuffisantes face à l’urgence
Cette menace insidieuse, mais elles révèlent aussi leur impuissance face à l’ampleur du phénomène. Dans un tel contexte de nécessite, qui est la conséquence de décennies d’inaction face à l’érosion côtière, la solution ne peut plus être que collective. Il faut passer d’une logique réactive d’actions de sauvetage à une analyse préventive et à des actions concertées de gestion qui prennent en compte les différentes valeurs de l’espace côtier.
Vers des solutions durables : entre ingénierie et nature
L’octroi de microcrédits, pourront permettre à ces populations de développer des activités génératrices de revenus en dehors des secteurs du littoral.
Une prise de conscience des enjeux de conservation et de vulnérabilité du littoral doit également passer par des sensibilisations communautaires, car au-delà de la responsabilité des élus, c’est l’ensemble de la société qui peine à comprendre que la résilience des écosystèmes côtiers est intimement liée à celle des milliers de familles vivant sur ces mêmes espaces fragiles.
Il ne s’agit pas de la surenchère controversée de l’écolo-bobo, jungles de grands espaces à préserver contre vents et marées mais d’un complément d’âme et d’un préalable à la politique de développement qui n’est pas sans lien avec la capacité à retrouver de l’emprise et des marges, hors du cadre institutionnel de la prédation contemporanéiste de l’identité culturelle nationaliste.
Si ces propositions n’ont aussi vocation que l’énonciation des défis commandés par la résilience et la durabilité, ce n’est pas en les considérant à l’aune du rapport salutaire passé notamment de la légitimation de la transgression territoriale avec le rétablissement des populations de pêcheurs à partage des rives de la source de leurs rivières, que leur réalisation pourrait être envisageable.
Il n’est pas question de revenir à une idylle puérile de la commune, mais de devoir faire face à la réalité de l’exclusion brutale du lien avec la mer que seule la bonne foi des villageois, insurpassable car surmontant la défaite du lien, pourra atténuer, enfin un jour.
Article rédigé par Alima de Dakartown.
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